Devant un parterre de personnalités politico-administratives et religieuses, dont le Gouverneur Grâce Nkuanga Mansuangi Bilolo, le prélat a d’emblée rappelé que la liberté dont jouit la République démocratique du Congo aujourd’hui est le fruit d’un sacrifice sanglant. Pour lui, l’heure est au réveil des consciences face à la responsabilité historique de la province du Kongo Central.
Pour l’Évêque de Kisantu, la commémoration des martyrs n’est pas qu’un simple hommage au passé, mais une condition de survie pour l’avenir du pays. Il a rappelé avec force la vocation singulière de la province dans la genèse de la nation.
« L’heure a sonné de prendre sérieusement conscience de la responsabilité historique de notre province en raison de sa vocation originelle qui lui confère une mission singulière et importante pour notre pays, la République démocratique du Congo. Et parler des responsabilités historiques, c’est évoquer la mémoire, d’autant plus que la mémoire et l’histoire se conjuguent dans un rapport réciproque à la vérité. Un peuple sans mémoire est un peuple sans histoire, et un peuple sans histoire est un peuple destiné à la disparition », a-t-il martelé.
Le prélat a ensuite fustigé les dérives de la classe politique et sociale, opposant le sacrifice des aïeux aux ambitions personnelles qui déchirent la province aujourd’hui.
« Une des bonnes manières de faire mémoire de nos martyrs de l’indépendance […] est de perpétuer leur héritage, celui avant tout de l’amour du pays et de la province en particulier. Ils ont accepté le sacrifice de leur vie pour que nous éprouvons la liberté et la dignité. Ils ne nous ont pas légué des divisions égocentriques de positionnement, ni des antagonismes idéologiques nourris par la cupidité. Leur sang versé doit nous pousser à l’unité pour l’intérêt de la nation et de la province, au-delà de nos différences sociopolitiques et religieuses », poursuit-il.
La terre du Kongo Central : « le jardin d’Éden » à protéger
Le cœur du message a porté sur la dimension mystique et physique de la terre. Mgr Jea Crispin Kimbeni a présenté la terre comme le socle ultime de l’identité ne-kongo, interpellant même ceux qui vivent loin des frontières nationales.
« Ce qui nous rassemble aujourd’hui, c’est avant tout la terre. C’est le territoire provincial du Kongo Central. […] La terre est maître, car c’est elle qui donne la vie. C’est elle qui garde et protège la vie. Imaginez qu’un enfant, même né aux États-Unis, au Japon ou en Australie, mais de parents d’origine du Kongo Central, verra écrit sur son passeport congolais “Province d’origine : Kongo Central”. Ce sera là son lieu d’identité territoriale et provinciale. Que cela nous interpelle ! »
Passant de la théologie à l’urgence sociale, le prélat a dénoncé avec véhémence la dépossession foncière et la destruction environnementale qui menacent l’avenir de la Lukaya et de toute la province.
« Dieu nous a donné le Kongo Central pour notre terre. Cette terre a besoin de cultures agricoles, bien sûr, même si la fabrication des braises est devenue l’activité principale de certains. Mais elle a surtout besoin de culture des valeurs : valeurs spirituelles de solidarité, de partage, de responsabilité ; valeurs humaines de respect, de travail. Cette terre ne doit jamais brûler. Ne laissons pas brûler cette terre. Cette terre a besoin de protection et de sauvegarde. Nos terres sont vendues à vil prix. Nombreux n’ont plus de terre, même pour faire l’agriculture ou l’élevage. Où allons-nous ? Que deviendrons-nous sans terre ? »
Mgr Jean Crispin Kimbeni a invité les fidèles et les dirigeants à une conversion radicale dans la gestion de l’espace public et des ressources naturelles, plaçant l’humain au centre de la Création .
« La liturgie de la parole de ce jour nous instruit sur le sens de la vie et sur l’importance de la terre. En effet, en donnant leur vie, les martyrs de l’indépendance ont donné sens à leur vie. […] Les textes nous exhortent aussi à une gestion solidaire et responsable des biens de la nature, en commençant par le bien le plus précieux, notre propre vie, placée dans un jardin, cette terre. »
En s’appuyant sur la liturgie, l’Évêque a exhorté les participants à délaisser une économie de destruction pour une gestion responsable. « Enterrons les haches de nos divisions… à l’horizon d’un Congo plus beau et plus prospère qu’avant », a-t-il conclu, invitant chaque citoyen à devenir un gardien vigilant de cet espace vital.




