Radio

Kongo Central : le paradoxe d’une province bien placée mais bloquée (Tribune de Dr Mpolo Nsemi)

Le Kongo Central, province stratégique de la RDC aux leviers de pouvoir bien en main, végète pourtant dans une crise sans fin. Frustrations populaires, divisions internes et luttes de clans : Yaya Mpolo Nsemi Mue Ngimbi Nkumba, fille de Ne Muanda Nsemi, dénonce le paradoxe d'une terre riche en talents mais paralysée par ses filles et fils. Une tribune qui appelle à l'unité et à un sursaut collectif.

Le Kongo Central vit aujourd’hui un paradoxe profond. Dans l’histoire récente de la RDC, la province n’a jamais occupé une place aussi visible au sein des institutions nationales. Des postes clés au gouvernement, dans les entreprises publiques et dans les services stratégiques de l’État sont occupés par des fils et filles du Kongo Central. Et pourtant, sur le terrain, le sentiment dominant reste celui de la frustration, du blocage et d’une crise politique permanente.

La question centrale est donc simple, mais dérangeante : qu’est-ce qui ne marche pas ?

Pendant longtemps, le discours dominant était celui de la marginalisation. On se souvient d’époques où des gouvernements entiers, parfois composés de 40 ministres, étaient formés sans un seul Mukongo, ou avec un ou deux seulement, pour la forme. Aujourd’hui, cet argument ne tient plus. Le Président de la République, Félix Antoine Tshisekedi, a clairement ouvert les portes de l’État au Kongo Central. L’histoire retiendra cela. « Tata Nzambi kasobanga nsi ko vo bantu ba nsi yoyo basobele ngindu zawu ko (Dieu ne change pas un pays tant que ses habitants ne changent pas leur manière de penser et d’agir, ndlr) .»

Mais alors, que faisons-nous réellement de cette position ?

La crise actuelle du Kongo Central ne peut pas être réduite à une simple question de gouverneur. Changer un gouverneur ne résoudra rien tant que la logique reste la même. Un fait est évident : plusieurs acteurs aujourd’hui opposés au gouverneur actuel étaient hier ses alliés, ou ont eux-mêmes été combattus lorsqu’ils étaient aux responsabilités. Sommes-nous face à une logique de règlement de comptes ? Le problème est plus profond. Il est structurel, politique et parfois même culturel. « Nkongo Kondolo Mpeve ya Bukongo kenda kuandi Nkongo Ko (Un Mukongo qui n’a pas l’esprit Kongo n’est pas un Mukongo, ndlr) .»

Personne n’est censé voler l’argent de la province. Le Mukongo est historiquement reconnu pour sa capacité de bonne gestion. Nous devons donc encourager l’IGF à faire correctement son travail, car le contrôle de la gouvernance est nécessaire. Mais soyons honnêtes : les plaintes de la population dépassent largement le cadre du contrôle financier. Ce que l’on observe, c’est une lutte permanente pour le contrôle des leviers de la province – marchés publics, nominations et influence politique –, souvent au détriment de l’intérêt collectif.

Dès lors, une question s’impose : s’agit-il réellement d’un souci de mieux faire pour la province, ou d’un désir de contrôler à tout prix le Kongo Central ? « Keto divondele Nsi (La jalousie détruit le monde, ndlr) . »

Le manque d’unité est l’un des principaux freins au décollage de la province. Les divisions internes, les rivalités personnelles, les querelles de leadership et les agendas cachés affaiblissent toute action publique. Pendant que d’autres provinces avancent, le Kongo Central se regarde se battre.

C’est pourquoi l’idée d’une table ronde provinciale n’est pas un luxe, mais une nécessité. À l’heure où le dialogue intercongolais traverse l’esprit des Congolais, le Kongo Central aussi a besoin de se parler à lui-même. Acteurs politiques, société civile, notabilités, jeunesse, Église et diaspora doivent être autour de la même table. À ceux qui parlent aujourd’hui de fédéralisme, une réflexion s’impose : avec ce comportement, sommes-nous prêts à gérer davantage d’autonomie ? Le fédéralisme exige maturité politique, sens de l’État et unité interne. Sans cela, il ne ferait qu’amplifier les conflits existants. Je ferme la parenthèse.

Le Kongo Central ne manque ni de cadres, ni de ressources, ni d’histoire. Ce qui lui manque encore, c’est une conscience collective placée au-dessus des intérêts individuels. Le véritable décollage de la province passera moins par le changement des hommes que par le changement des mentalités.

Tribune de Dr Mpolo Nsemi Mue Ngimbi Nkumba

Articles similaires

Kongo Central : Grâce Bilolo face à la Justice ce lundi

Vingt-quatre heures après avoir regagné le chef-lieu de la province du Kongo Central, le gouverneur Grâce Bilolo a réceptionné officiellement ce vendredi son invitation à comparaître devant le Parquet général près la Cour de cassation le lundi 9 février à Kinshasa. L’information a été confirmée par son conseiller en communication.

Kongo Central : le gouverneur Grâce Bilolo regagne Matadi sous haute pression judiciaire

Après un séjour de près d’une semaine à Kinshasa pour répondre à l’invitation du vice-premier ministre de l’Intérieur, le gouverneur du Kongo Central, Grâce Bilolo, est rentré ce jeudi 5 février à Matadi. Un retour marqué par un climat de tensions après de graves soupçons de malversations financières.

Claude Ibalanky à Goma : démarche citoyenne ou médiation de l’ombre ?

L'ancien coordonnateur du Mécanisme national de suivi (MNS) de l'Accord-cadre d'Addis-Abeba et proche du Chef de l'État, séjourne actuellement à Goma. Sa présence ce samedi 31 janvier dans le chef-lieu du Nord-Kivu, en pleine crise sécuritaire, soulève de nombreuses interrogations sur la nature de ses contacts avec les forces en présence.

Modero Nsimba dément son adhésion à l’AFC/M23 : « Je ne trahirai jamais ma patrie »

L’ancien ministre congolais du Tourisme a démenti les rumeurs faisant état de sa présence à Goma, au Nord-Kivu, pour rejoindre la rébellion de l’AFC/M23. Actuellement à Genève, en Suisse, Modero Nsimba Matondo a clarifié sa position sur Kongo Média et affirmé séjourner en Europe pour des raisons de santé, après autorisation de la justice.

Kongo Central : l’Assemblée provinciale autorise l’instruction judiciaire contre le gouverneur Grâce Bilolo

À l'unanimité, les membres du Bureau de l’Assemblée provinciale du Kongo Central ont donné leur feu vert au réquisitoire du Procureur général près la Cour de cassation, autorisant une action judiciaire à l’encontre du gouverneur de province, Grâce Nkuanga Mansuangi Bilolo.

Journée de mémoire en RDC : Judith Suminwa réaffirme la détermination de défendre la souveraineté et l’intégrité territoriale

La Première Ministre Judith Suminwa Tuluka a présidé, mardi 27 janvier, à l’Académie des Beaux-Arts de Kinshasa, la « Journée de mémoire de Bunagana à Uvira », consacrée à la « Résistance, la Résilience et l’Unité du peuple congolais », dans un contexte marqué par l’agression persistante de la RDC par le Rwanda.