Dès l’entame de son allocution, Alain Tenday Lupumba a tenu à recadrer le sens de cette rencontre en rappelant que la parade est, avant tout, un acte de service. Il a martelé que la participation à ces rassemblements n’est pas optionnelle, car elle constitue une activité administrative obligatoire pour l’ensemble du personnel. Cette exigence de présence symbolise, selon lui, le premier échelon de la discipline nécessaire à la sécurisation des recettes publiques et à la cohésion des services douaniers de la province.
Ce mardi 3 février, tous les services étaient présents au siège de la direction provinciale où le numéro un a fait un état des lieux de la situation de l’année écoulée. Avant tout, il a dressé un tableau comparatif des régies financières au niveau national. En 2025, la DGDA a fait figure de locomotive avec un taux de réalisation de 102,07%, se hissant à la première place devant la Direction Générale des Impôts (DGI) et ses 100,87 %, tandis que la DGRAD stagnait sous la barre de 84,45 %. Ce succès global souligne l’efficacité de la hiérarchie nationale, mais accentue, par contraste, les failles du Kongo Central.
Sur l’échiquier économique national, le Kongo Central demeure une direction stratégique malgré ses difficultés internes. Alain Tenday Lupumba a rappelé la responsabilité historique de sa juridiction. « Rien que pour la province du Kongo Central, nous représentons 6 % du budget de l’État. » Cette puissance fiscale confère à la direction provinciale un rôle pivot, où chaque point de croissance ou de perte a une répercussion directe sur la capacité du gouvernement à financer sa politique nationale.



Une année 2025 « plus difficile »
Malgré ce poids économique, le bilan de la DGDA Kongo Central pour 2025 est loin des espérances. Avec seulement 91 % de réalisation des assignations, le Directeur provincial n’a pas mâché ses mots pour décrire ce recul. « Durant les trois dernières années, 2025 a été la pire année pour la DGDA Kongo Central. Une contre-performance de 91 % ; ceci constitue un déshonneur pour nous tous », a-t-il déclaré.
Si le Kongo Central reste le deuxième contributeur national en termes de masse de recettes (valeur absolue), sa performance relative le fait chuter brutalement dans le classement de l’efficacité. En termes de pourcentage d’atteinte des objectifs, la direction provinciale se retrouve au rang de 13e province sur 15, un signal indiquant que la province ne produit plus à la hauteur de son potentiel réel.
Pour expliquer cette régression après deux années de succès, Alain Tenday Lupumba a pointé une démission collective et une crise de valeurs. « Au cours de l’année 2025, nous avons constaté une résistance aux bonnes pratiques tant dans le chef des opérateurs économiques que des déclarants en douane, et surtout une passivité par la compromission, l’esprit de gain facile et le manque d’amour de la patrie chez nous, les douaniers. » Il a fustigé une éthique professionnelle en déliquescence.
Sur le plan technique, cette chute à 91 % est présentée comme la conséquence directe de pratiques frauduleuses enracinées dans les bureaux. Il a précisé que la direction provinciale a « mal travaillé », ce qui s’est manifesté par une baisse des ratios de valeurs et des indicateurs de performance. En outre, il a dénoncé la multiplication des sous-évaluations et des glissements tarifaires, symptômes d’une gestion devenue médiocre par rapport aux années 2023 et 2024.
Le patron de la douane provinciale a toutefois rappelé que tout n’était pas perdu. Il a cité l’exemple des bureaux qui ont résisté à la baisse générale. « Dans chaque forêt, il ne manque pas de belles roses ; parmi les 15 bureaux de la province, 4 se sont distingués par leur performance. » Pour 2026, il a annoncé un changement de braquet en responsabilisant davantage le service des brigades, pierre angulaire de sa nouvelle stratégie pour restaurer l’intégrité du cordon douanier.
Analyse de la contre-performance
La contre-performance significative enregistrée par rapport aux assignations s’explique par une combinaison de facteurs conjoncturels et structurels, dont l’impact cumulé a fortement entravé la mobilisation des recettes.
La persistance de l’insécurité dans la région des Grands Lacs, marquée notamment par l’instabilité autour des villes de Goma et Bukavu, a entraîné une perturbation majeure de l’activité économique. Cette situation a fragmenté les circuits commerciaux, ralenti les flux d’importation et désorganisé les chaînes d’approvisionnement, réduisant ainsi drastiquement l’assiette taxable sur l’ensemble du territoire national.
À cela s’ajoutent les pillages subis par certains opérateurs économiques, particulièrement à Kinshasa, qui ont occasionné des pertes financières considérables, une destruction massive des stocks et une paralysie temporaire, voire définitive, de certaines activités commerciales. Cette désorganisation a eu un impact direct et immédiat sur le niveau des déclarations ainsi que sur les paiements fiscaux et douaniers.
L’exercice 2025 a également été marqué par des mesures fiscales dérogatoires. La suppression de la perception de la Taxe sur la Valeur Ajoutée (TVA) sur certains produits, bien que orientée vers le soutien au pouvoir d’achat et la relance économique, a mécaniquement entraîné une baisse des recettes globales. Par ailleurs, les allègements douaniers consentis par le gouvernement, notamment le rabattement de 50 % des droits et taxes sur les produits de première nécessité, ont également pesé sur l’atteinte des objectifs.
Il convient de noter que la dépréciation du dollar américain par rapport au franc congolais a eu un impact défavorable sur la mobilisation des recettes issues des impôts et droits perçus à l’importation, majoritairement évalués en devises étrangères. Cette décote a entraîné une diminution de la contre-valeur en monnaie nationale lors de la conversion, réduisant le rendement effectif des recettes, indépendamment de la stabilité des volumes importés.
Au regard de l’ensemble de ces facteurs exogènes et endogènes, Alain Tenday Lupumba s’est dit déterminé pour cette nouvelle année : il s’engage à ne pas enregistrer deux années consécutives de contre-performance.




