Durant deux jours à l’hôtel Panorama, diverses parties prenantes (acteurs de la société civile, institutions provinciales, chercheurs, consommateurs et femmes maraîchères) se sont rassemblées pour discuter des enjeux de la biosécurité en République démocratique du Congo. L’objectif était d’abord de recueillir les contributions locales pour enrichir le texte final, et ensuite de sensibiliser le public aux défis biotechnologiques. Le programme a également permis de présenter le Protocole de Cartagena sur la prévention des risques biotechnologiques, ainsi que l’état des lieux de la législation congolaise en la matière.
Les discussions se sont cristallisées autour des Organismes Génétiquement Modifiés (OGM). Définis comme des plantes ou des animaux dont le matériel génétique est modifié artificiellement, les OGM visent à améliorer la résistance aux maladies, aux intempéries ou aux effets du changement climatique.
Guy Mboma, Chef de bureau biosécurité et Point focal du Protocole de Cartagena en RDC, a souligné les opportunités offertes par ces technologies. « Nous parlons ici d’organismes réellement résistants. En élevage, cela permet d’avoir des animaux plus prolifiques qui résistent mieux aux épidémies. » Il a également évoqué des perspectives innovantes dans le secteur de la santé, comme la production de vaccins comestibles intégrés directement dans les aliments. « À ce stade, il s’agit d’anticiper des risques potentiels plutôt que des risques avérés. C’est précisément pour cela que cette loi est indispensable », a-t-il précisé.
Défis techniques et sécurisation des frontières
Un point de vigilance a été soulevé. Si la RDC possède deux laboratoires performants capables d’identifier les OGM, ceux-ci ne sont pas situés aux frontières. Pour que la future loi soit pleinement efficace, les participants ont insisté sur la nécessité de sécuriser les points d’entrée du territoire en collaboration étroite avec ces structures techniques.
Pasconet Kueyitualamo Sila, Coordonnateur provincial de l’environnement, s’est voulu rassurant. « Les OGM ne sont pas des matières toxiques. Ces technologies existent déjà ailleurs ; nous introduisons simplement un cadre pour sécuriser cette matière nouvelle en l’adaptant aux réalités locales. »
De son côté, pour Maître Edo Lilakako, avocat et membre de l’organisation JUREC, l’urgence est aussi juridique. « La RDC a pris des engagements en adhérant au Protocole de Cartagena. Face à la vitesse de diffusion des OGM au niveau mondial, il est essentiel de disposer d’un cadre légal protecteur pour la population et l’environnement. »
Il faut comprendre que la RDC n’est pas novice en la matière. Partie à la Convention sur la Diversité Biologique et signataire du Protocole de Cartagena depuis 2005, elle doit désormais adapter son arsenal juridique. Si la loi-cadre de 2011 sur l’environnement effleurait la question, l’évolution rapide des biotechnologies modernes rend nécessaire une loi spécifique et fonctionnelle.
L’enjeu est d’encadrer les Organismes Vivants Modifiés (OVM), plus communément appelés OGM, afin de prévenir les risques potentiels sur la biodiversité et la santé humaine, tout en respectant le Protocole de Nagoya-Kuala Lumpur sur la responsabilité et la réparation en cas de dommages.
Actuellement, la RDC ne produit pas d’OGM à des fins commerciales, les activités restant limitées à la recherche en laboratoire. Cet avant-projet de loi prépare donc le terrain avant toute éventuelle mise sur le marché. L’atelier de Matadi s’est clôturé par la formulation de plusieurs recommandations techniques, garantissant que la future loi sur la biosécurité soit un outil à la fois protecteur et adapté aux besoins des citoyens congolais.




