L’opération de libération de l’emprise publique, censée mettre fin à l’occupation illégale des abords de la route de Matadi par des hangars et des kiosques, ne semble pas s’appliquer avec la même ferveur partout. À Kikonka et dans le quartier de la Gare, les propriétaires ont eux-mêmes procédé au démantèlement de leurs installations sous la pression, craignant de perdre leurs matériaux alors que les bulldozers s’apprêtaient à frapper avec une célérité impitoyable. À l’approche des fêtes de fin d’année, restaurateurs et commerçants ont ainsi vu leurs terrasses démolies et leurs revenus s’envoler.
Pourtant, à Kintanu, l’élan destructeur s’est étrangement brisé. Pourquoi ce traitement de faveur ? Sur place, une rumeur persistante évoque des “cotisations” occultes allant de 20 à 30 dollars par kiosque pour acheter un répit jusqu’après les festivités. Si le Chef d’antenne de l’Aménagement du territoire reconnaît un report du processus, il dément catégoriquement toute collecte d’argent.
Le malaise est encore plus profond chez les propriétaires de bâtiments en matériaux durables. Sommés de respecter un recul de 6 mètres de part et d’autre de la chaussée, ces derniers font face à une pression administrative jugée étouffante. Selon plusieurs témoignages, des invitations ont été lancées, obligeant les occupants à verser 500 000 FC sous peine de poursuites judiciaires pour “occupation illégale”.
Face à la grogne qui monte, le Chef d’antenne persiste et signe. Il qualifie ces prélèvements de simples “frais administratifs”, dont le montant varierait selon la superficie occupée. Cependant, ses explications se heurtent à un mur budgétaire. Le comptable du territoire, censé centraliser les recettes de l’État, affirme ne reconnaître aucun de ces frais dans sa nomenclature. Tandis que le Chef de service nie avoir touché le moindre centime, le terrain, lui, continue de grincer des dents face aux sommes déjà versées sans aucune preuve de paiement.
Au milieu de ce chaos administratif où se mêlent accusations de racket et démolitions sélectives, le silence de l’Administrateur du territoire interpelle. Jusqu’à présent, aucune réaction officielle n’est venue éclaircir cette gestion pour le moins opaque. Pour les habitants de Madimba, le constat est amer : entre la protection de l’emprise publique et l’exploitation des citoyens, la ligne semble être devenue dangereusement floue.
Un dialogue de sourds au sommet
Face à la fronde, une structure de défense s’est organisée parmi les sinistrés pour dénoncer ces montants jugés exorbitants. Interrogé, le Chef d’antenne qualifie ces sommes de “frais administratifs” variables selon la superficie, affirmant qu’elles doivent être versées à la comptabilité du territoire. Problème : le comptable du territoire déclare ne rien savoir de ces mouvements de fonds.
Pendant que le Chef d’antenne nie avoir perçu le moindre centime, les propriétaires, eux, pleurent leur argent disparu dans les méandres d’une administration opaque. Au sommet de l’entité, le silence de l’Administrateur du territoire est assourdissant. Entre l’ordre public nécessaire et le racket présumé, la frontière semble être devenue invisible à Madimba.




