Le dialogue politique, un horizon indépassable.
Le management électoral déficitaire de la CENI, aggravé par des défaillances institutionnelles du régime politique actuel, a engendré une crise profonde, multidimensionnelle, susceptible de plonger l’ensemble de la nation dans un chambardement aux conséquences inimaginables.
Dans ce contexte, le dialogue demeure un horizon indépassable. Mais cela ne positive pas la démarche elle-même. La seule évocation de l’idée d’un nouveau dialogue, vingt-quatre ans après celui de Sun City, constitue un constat d’échec pour l’ensemble de la nation congolaise et principalement de sa classe politique dirigeante qui n’a pas suivi et respecté le schéma de pacification des transactions politiques tel que fixé à Sun City et qui consacrait la fin des régimes de transition et l’accession à un nouvel âge politique stable, démocratique et pacifique.
Le dialogue n’est pas voulu en tant que sagesse ou intelligence institutionnelle dans la gestion du destin de la République mais comme un alternatif ou palliatif aux insuffisances institutionnelles. Le dialogue apparaît comme un intermède nécessaire pour éviter la décadence de l’ordre politique et sauver ce qu’il en reste encore de l’esprit de Sun City. Les défaillances institutionnelles à la base de la crise actuelle ne peuvent pas hypothéquer le destin de l’ensemble de la nation.
Le dialogue se présente donc comme la voie raisonnable pour éviter toute dérive, la seule alternative à la violence et l’ultime moyen de décrispation et de sortie de crise. En d’autres termes, l’ensemble du dispositif institutionnel n’offre plus, dans le contexte actuel, de garantie et d’assurance réelles de pacification des rapports entre citoyens. Nous devons sortir momentanément de l’institutionnel démocratique pour sauver la démocratie. C’est la seule alchimie possible.
À travers ce mécanisme informel du Dialogue national, nous évaluerons ensemble la situation de la nation et décideront de l’avenir. L’histoire qui se déroule dans ce pays après Sun City est la conséquence des insuffisances gestionnelles du pouvoir en place. En d’autres termes, il y a dialogue parce que les institutions de la République ont failli à leurs missions. Aujourd’hui, toute la classe politique semble s’accorder sur l’impératif d’organiser un dialogue national en vue d’éviter l’irréparable à la nation.
Nous devons ici rappeler que le dialogue est un cadre « non constitutionnel » et donc « non institutionnel » pour exiger le respect d’une certaine préséance. C’est un exercice politique de dernière chance pour sauvegarder les acquis de la démocratie, maintenir la stabilité politique et préserver la paix civile dans le pays. Tous les participants seront traités sur le même pied d’égalité.
Ce dialogue se veut inclusif. La participation à la prise de décisions qui marquent notre destin est l’affaire de tous. Personne n’a le droit d’exclure l’autre, ni de s’exclure lui-même. Car les exclus refuseront de payer le prix des décisions découlant des réunions auxquelles ils n’auront pas participé. La République est un patrimoine commun à tous les citoyens.
Le rôle du facilitateur est déterminant. Le choix des confessions religieuses s’explique par la fidélité à leur logique équilibriste de transformation des conflits. Il s’agira pour les confessions religieuses de faciliter un système de gouvernance fondé sur la parité de forces entre acteurs devant constituer l’exécutif et le législatif nationaux au nom de la paix, et de confier la magistrature suprême au Président actuel. Ainsi, comme ses prédécesseurs, le Président sera revêtu d’une légitimité incontestable, expression du peuple au dialogue national.
La Constitution du 18 février 2006 est notre pacte républicain, la force structurante de notre vivre-ensemble, le fondement de notre existence sociale individuelle et collective. Elle doit demeurer le phare qui éclairera nos décisions. Cette exigence impose le consensus comme mode de prise de décisions. Nous devons prendre conscience de nos responsabilités, vivre et agir non pas seulement pour nos rêves et nos intérêts mais aussi pour les espérances de toute la nation. Cela nous appelle à atténuer les polarisations, les antagonismes ouverts, les postures de suspicions, les ambitions hégémoniques pour nous approcher du milieu. C’est le prix à payer pour la paix.
L’article 70 de la Constitution n’accorde pas de bonus de pouvoir, il s’inscrit dans la logique universelle de la continuation de tout État démocratique, en prévoyant l’organisation des élections pendant que le mandat du président en exercice est en cours. Si les élections ne sont pas organisées, le principe de la continuité de l’État est violé. C’est dans ce cadre que le dialogue trouve tout son sens.
Si le dialogue se tient avant la fin du mandat du Président actuel et qu’un consensus politique se dégageait quelle qu’en soit la forme, il y aura plus de chance que la tension politique actuelle retombe considérablement et que la stabilité politique soit maintenue avant l’organisation des nouvelles élections dans un environnement politique et social assaini.
Kinshasa, le 26 février 2026
Pour l’Alliance des Bâtisseurs du Kongo « ABAKO »
Pierre Anatole MATUSILA
Président Général




