Clinton Bamana, avocat et secrétaire particulier du Vice-Premier Ministre de l’Économie nationale, a récemment séjourné dans la ville de Boma, au Kongo-Central, afin de participer à une tribune de réflexion sur le rôle de la jeunesse dans le processus de développement et de bonne gouvernance, selon le modèle de Kasa-Vubu. Sur place, il a fait un constat amer sur le retard que connait la première capitale de la République Démocratique du Congo, qui semble être oubliée et délaissée à son triste sort.
Boma, jadis un port en plein essor et la fierté économique du Kongo-Central, traverse aujourd’hui une crise socio-économique profonde. En cause : la mesure prise en 2012 par le Premier ministre de l’époque, Augustin Matata Ponyo, interdisant l’importation de véhicules de plus de dix ans. Une décision motivée par des impératifs discutables, et dont les répercussions continuent de se faire sentir plus d’une décennie plus tard.
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En effet, le port de Boma, historiquement l’un des points névralgiques du commerce maritime dans l’ouest du pays, a vu ses activités chuter de manière dramatique. Jusqu’alors spécialisé dans le déchargement de véhicules d’occasion en provenance d’Europe et d’Asie, ce port est aujourd’hui presque à l’abandon. Conséquence : des milliers d’emplois perdus, une économie locale à l’agonie et une population en détresse. À tel point que certains habitants ont rebaptisé leur ville « l’Ukraine », en référence aux zones sinistrées par les conflits et la pauvreté.
Faire de Boma le siège des institutions provinciales ?
Face à ce marasme, Clinton Baman estime qu’il est nécessaire d’adopter une politique d’équilibrage audacieuse. Parmi les pistes envisagées : « le transfert des institutions politiques provinciales de Matadi vers Boma ». « L’idée est séduisante. Stratégiquement située au bord du fleuve, dotée d’un passé historique prestigieux – Boma fut la capitale de l’État indépendant du Congo – et bénéficiant encore d’infrastructures portuaires qui ne demandent qu’à être revitalisées, la ville possède de solides arguments pour accueillir le cœur administratif de la province », dit-il.
Un tel transfert permettrait non seulement de relancer l’économie locale grâce à la création d’emplois directs et indirects, mais aussi de rééquilibrer le développement régional en réduisant la pression urbaine sur Matadi.
« Il appartient désormais aux autorités provinciales de prendre leurs responsabilités », dit-il. Avant de souligner que « relancer Boma, ce n’est pas seulement une question d’aménagement du territoire, c’est un devoir de mémoire envers une ville qui a joué un rôle central dans l’histoire du pays. En réintégrant Boma dans les circuits politiques et économiques de la province, la RDC ferait un pas vers une gouvernance plus inclusive et plus équilibrée ».